Pour sa 6eme édition le festival Anim'est qui se déroule à Bucarest début octobre et à Cluj mi octobre a prolongé ses festivités à Chisinau (Moldavie) début novembre pendant 4 jours.
Alors que les organisateurs avouaient avant le début du festival ne pas savoir à quoi s’attendre au niveau de la fréquentation le public a répondu présent pour cette première édition et certaines séances, comme la Creepy night du samedi soir, ont même été complètes.

Je vous propose deux interviews (presque des dialogues en fait). La première de Lauren?iu Br?tan, l'un des créateurs d'Animest, et la seconde de Dumitru Marian, coordinateur du festival à Chisinau. Le premier parle très bien français (c'est d'ailleurs très impressionnant de constater qu'un grand nombre de personnes parlent bien français en Moldavie), le second est traduit par Diana Dumitru.





Ce beau succès va, espérons-le, permettre une implantation durable du festival à Chisinau et en espérant aussi que celui-ci donne l'envie aux jeunes moldaves de se lancer dans l'animation (comme il l'a fait pour un grand nombre de jeunes roumains - cf interview de Lauren?iu Br?tan ci-dessus)

Car il n'y a pour l'instant que très peu de cinéma d'animation moldave, les seules productions qui existent viennent d'un jeune studio indépendant et de créateurs amateurs. Pourtant il y a une tradition de l’animation en Moldavie notamment au travers des productions du studio Moldova-films. Et le festival proposait d’ailleurs une séance pour découvrir le travail d’un des réalisateurs moldave d’animation : Constantin B?lan. Il a réalisé des courts autour d'une personnage célèbre d'histoires moldaves: Gugu??.

L'influence de l’animation russe se ressent, notamment, fortement dans le graphisme, même si je l'avoue étant peu connaisseur de la culture moldave il m'est difficile de bien juger de ce qui pourrait provenir de l'influence ou du pays d'origine. Le réalisateur présent dans la salle (et qui n'avait jamais vu ses films de cette série sur grand écran) reconnaissait que les conditions de travail étaient particulièrement compliquées, il fallait attendre jusqu'à 6 mois après l'envoi du scénario à Moscou pour que celui-ci revienne approuvé ... et retouché. Dès lors il était difficile de pouvoir mettre en place un vrai système de production.
Si la narration est parfois un peu "datée", le graphisme avec notamment des décors jouant souvent la simplification et le mélange des techniques (dessins, papiers découpés ...) participent encore aujourd'hui au charme des films.

Une projection difficile très souvent arrêtée par une pauvre qualité des copies. Il n’existe pas de système aidant à la préservation des films en Moldavie et les quelques copies existantes proviennent d'autres anciens pays de l'Union soviétique (où ils étaient diffusés en russe).
Il est évident que dans un pays tiraillé entre l'ancien occupant russe et le grand frère roumain si la Moldavie veut exister à part entière cela se fera grâce à l'émergence d'une culture moderne propre. Toutes les bases de cette culture forte sont bien là il faut juste de l'envie (et donc un peu de folie au départ) et très vite bien sur des subventions d’état (ce qui n’est pour l’instant pas évident dans un pays où les priorités sont autres aujourd'hui).
Mais cela passe aussi surement par l'implantation de cinéma dans lesquels les films sont passés en langue originale sous-titré roumain (les deux langues sont très très proches). Car pour l'instant les films sont doublés en russe - comme la plus grande partie des moldaves sont bilingues, le propriétaire des multiplexes reçoit les films de Russie car économiquement c'est moins cher et donc plus rentable. Mais difficile dans ces conditions pour les moldaves d'affirmer une identité propre (que pourtant beaucoup d'entre eux souhaitent).

C’est une analyse bien sur beaucoup trop rapide de la situation car je ne suis resté que quelques jours et je n’ai rencontré que très peu de personnes mais c’est le sentiment que j’ai eu.

Coté roumain j'avoue avoir découvert un nom pourtant important dans la carte mondiale du cinéma d'animation: Ion Popescu Gopo. Son film Histoire courte a reçu la palme d'or du court en 1957.

Surtout célèbre pour ses films avec le même personnage récurrent et traitant des différentes évolutions de l'être humain (aussi bien au travers des arts, des outils, des croyances ou de l'évolution de la vie sur Terre). Les films permettant de mettre en avant les arts comme outil contre l'ignorance et l'inconséquence (même si dans certains de ses films même les arts ne peuvent rien face à ça) de l’être humain.
Seul petit bémol (mais c'est l'un des inconvénients des séances rétrospectives) les films visionnés les uns à la suite des autres si ils révèlent bien les obsessions et leitmotivs du réalisateurs peuvent devenir un peu répétitifs parfois.
Mais la séance était aussi "coupée" par des films n'appartenant pas à cette série. Plus abstraits des films comme Clepsidra dévoile une facette du réalisateur plus virtuose au niveau technique et moins dans la recherche de messages directs, des recherches graphiques comme dans le film Sarutari (1969) nous font même penser à ce qui peut se faire avec Flash aujourd'hui.

Histoire Courte



Mais il n'y en avait pas que pour le passé puisqu’une séance nous permettait de découvrir La Compétition roumaine de cette année. Comme à Anima avec la section belge tout n'est bien sur pas du même niveau mais il est toujours passionnant de voir une partie de la production d'une année (plus importante que si elle était mélangée au reste de la sélection mondiale).

Deux séances permettaient de faire découvrir les films primés lors des deux dernières éditions. De Big bang boom de Blu ou Sticia en 2010 à External world (que j'ai enfin vu sur grand écran - et que je ne trouve toujours pas intéressant), The Gruffalo en 2011.
Des films que je ne connaissais pas j’en retiendrais deux Memoria Trupului d'Ulo Pikkov et Copilas de praf de Yumi Jung

Yumi Jung





Coté court je n'ai pas assisté aux deux séances présentant les compétitions publicités et clips et je ne suis resté qu'à la première partie de la Creepy Night. Une nuit mélangeant projection et performance en direct (un artiste créant digitalement des dessins sur de la musique mixer par deux DJ). Au niveau de la projection cette première partie n'était pas évidente pour un public connaissant peu l'animation pour une grande partie avec The Monster of Nix (non sous-titré), Fuera de Control ou Perpetuum Mobile, et les quelques films plus narratifs, plus facile d'accès (notamment The Ark) ont obtenus plus de succès.
Bon après la performance ne m'a pas tellement plu et comme je connaissais une partie des films présentés par la suite je n'ai pas continué jusqu'à 5h du matin.

Le reste des séances du festival étaient consacrées à des longs métrages plus grand public comme Despicable me, 9 ou bien la présentation cette année de deux films français (la raison de ma présence là-bas) : Persépolis et L’Illusionniste.
J’ai présenté les deux films et fait un rapide petit topo sur le cinéma d’animation français et j’ai pu répondre à des questions sur les films lors d’un débat après la projection du second film.

L’un des moments important du festival a été la présentation en ouverture du film d'Anca Damian Crulic.
Crulic est le nom d'un homme d'origine roumaine qui est mort suite à une grève de la faim dans une prison polonaise. Il avait toujours clamé son innocence et avait fait appel à l'ambassadeur roumain en Pologne qui ne répondra que très tard pour lui dire qu'il fallait faire confiance à la justice (même si Crulic apportait des preuves assez importantes de sa non culpabilité).
C’est un film très fort du fait certes de son histoire mais aussi dans son traitement documentaire (Anca Damian avait réalisé des documentaires en prises de vues directes jusque là) ici au contraire par exemple de Valse avec Bachir (qui n’en demeure pas moins un film très intéressant mais que l’on ne peut pas pour moi ranger réellement dans la case documentaire) il y a une vraie recherche de documents et le film cite souvent des lieux et des dates.
Si je trouve le film peut-être un peu long au niveau de sa narration dans sa deuxième partie où il tend à se répéter (mais n’est-ce pas un passage obligatoire pour la réalisatrice qui veut prouver la non culpabilité de Crulic) le film trouve par de nombreux moments une grande « justesse » grâce à l’animation. Le mélange de différentes techniques d’animation permet notamment de travailler l’évolution du personnage principal (en photo au début et se modifiant graphiquement quand son état empire pendant sa grève de la faim).
Un film avec un petit budget (300 000 euros) et une équipe assez réduite et au final un film très fort.

Merci beaucoup à L’Institut français de m’avoir permis de participer à ce festival, merci à toute l’équipe d’Animest pour le formidable accueil et un énorme merci à Diana Dumitru (sans laquelle le séjour n’aurait pas été le même – merci aussi pour toutes ces rencontres importantes)