mercredi 30 mars 2011
Anima 2011: Bill Plympton
Par Zewebanim, mercredi 30 mars 2011 à 18:50 :: Ça se montre
Ce que j’ai voulu faire c’est essayer de prendre le plus de recul possible pour parler de Plympton, cela n’empêche pas bien sur une subjectivité de ma part dans ce que j’aime ou non chez lui.
Écrire un article sur Bill Plympton est quelque chose de difficile si on ne veut pas rester sur la surface.
D’un coté ceux qui aiment : Plympton ce joyeux iconoclaste qui, avec une irrévérence toute en violence et en sexe, et une animation toute en énergie et en originalité bouleverse une certaine vision puritaine de notre Monde.
De l’autre ceux qui n’aiment pas : Plympton ce triste potache se répétant indéfiniment avec des films creux et sans histoire à l’humour lourd et à l’animation limité.

Alors en ce qui concerne son cinéma il parait évident, qu’on aime ou non, que ses premiers films ont apporté un certains vent de fraicheur, jouant sur un graphisme assez personnel il se permettait des délires très ados mélangeant violence et cul, mais son travail sur le corps humain et ces obsessions lui permettait aussi de construire des thématiques propres à son cinéma.
Pris par le succès et sa volonté de produire le plus possible il s’est beaucoup répété et tente depuis quelques années de changer un peu depuis Hair High dans les longs et The Cow dans les courts.
J’avoue personnellement ne pas être complètement convaincu mais Plympton a suffisamment de talent me semble –t-il pour continuer à s’intéresser à son cinéma.
Après il y a l'homme/le réalisateur. Pourquoi est-ce si complexe d’écrire sur lui? Là encore il serait facile pourtant de le ranger dans une boite et d’y apposer une étiquette … jeu favori d’une grande partie des êtres humains et qui permet ainsi de ne pas trop se poser de questions (particulièrement sur soi-même). Ce qui me parait intéressant pourtant c’est la position très à part dans le Monde du cinéma (notez bien que j’englobe ici toutes les techniques cinématographiques, celle en image par image et celle en prises de vues réelles).
Pas unique attention il y en a d’autres, mais justement intéressant à étudier.
A part car il aimerait être le résultat d’une équation impossible que je vais essayer de détailler.
Plympton = Succès public
Oui certes à ma connaissance il y a peu d’auteurs de cinéma qui n’ont pas envie que leurs films rencontrent le public. Mais il y a une différence entre vouloir que son film soit vu et vouloir que le public vous aime.
Pour Plympton il s’agit bien de la seconde solution dont il a envie. Il suffit de le voir lors des rencontres avec le public, véritable showman, il aime ça. Il est plus proche d’un chanteur de rock que d’un réalisateur d’animation (ceux qui ce sont retrouvés plusieurs fois à coté de créatrices/teurs en image par image a essayer de les interviewer comprendront de quoi je parle … :) même si aujourd’hui les choses changent beaucoup et les auteurs qui arrivent s’expriment plus facilement, c’est encore parfois pas évident).
Plympton lui a besoin de ça, il a besoin du public.
Et d’ailleurs pour être sur de lui plaire, il se déplace le plus possible dans les festivals (vous pouvez ainsi suivre sur son site ses différents déplacements) pour aller à la rencontre du public.
Mais il organise aussi des projections tests pour ses films afin de supprimer ce qui n’a pas eu l’air de plaire au public présent.
Il a d’ailleurs édicté un nombre de règles afin qu’un film rencontre un succès public certain.
Il en a encore rappelé les trois plus importantes lors de la séance à Anima :
SHORT- CHEAP – FUNNY
Court. Plympton pense que pour avoir le « vote » du plus grand nombre, il faut des films courts et efficaces. Attention cette phrase ne fonctionne, et il le sait, qu’avec le troisième mot. A savoir :
Drôle. Plympton veut faire rire, il veut entendre une salle rire quand elle regarde ses films. Et il pense que ce dont a besoin et ce dont a envie le public c’est de rire.
(On reviendra sur le terme pas cher un peu plus tard)
D’un autre coté cette reconnaissance du public il en a aussi besoin pour le financement de ses films. Car à chaque festival où il est, à chaque endroit où il se déplace Plympton vend. Des DVD, des dessins originaux, des dessins de ses films …
Et pour être sur que les gens vont venir jusqu’au bureau où se passe la vente il offre un dessin à tout le monde (acheteur et non acheteur).
Plympton=Reconnaissance Critique
Plympton aimerait aussi avoir la reconnaissance de la critique.
Il ne le dit pas certes tel quel mais on le sent, notamment quand il avoue lors de la séance à Anima que Ryan de Chris Landreth qui a notamment eu l’Oscar en 2005 est un bien meilleur film que son Guard Dog nominé aussi cette année là.
Ryan a fait l’objet d’un vrai travail critique (positif et négatif) que n’ont que très rarement eu les courts métrages de Plympton. Ceux-ci sont souvent expédiés en quelques lignes.
Les longs métrages ont fait eux l’objet, notamment en France, de critiques un peu plus poussées.
D’ailleurs à part le livre de Lucie Mérijeau qui j’espère sortira très prochainement aucun livre d’analyse n’est à priori sorti en français, ni en anglais, ni en allemand (bon j’ai fait une recherche sur quelques site n’hésitez pas à me dire s’il en existe quelque part).
Il y a celui-ci qui sort prochainement aux États-Unis mais je ne connais pas son contenu, à part le fait qu’il y aura énormément d’illustrations et d’images des films.
Cette volonté de reconnaissance critique est aussi visible dans certains des derniers films de Plympton comme Idiots and Angels ou The Cow who wanted to be an hamburger. Dans ces deux films Plympton change légèrement son style pas au niveau du graphisme mais notamment au niveau de la lumière et des ambiances colorées.
Mais le problème de Plympton est que s’il sait raconter des histoires visuellement il a du mal à le faire avec des mots. Si cela ne se ressent pas au niveau des courts cela pose plus de problème pour les longs, dont les scénarios sont souvent plus faibles. Et sa difficulté à partager le travail n’arrange pas les choses, il lui est ainsi difficile de travailler avec un scénariste.

Plympton=Indépendance
Je parle ici d’indépendance financière, je parlerais un peu plus bas de celle créatrice.
On le sait, car chaque article quasiment le répète, Plympton a eu possibilité de travailler avec Disney. Mais il a refusé ce contrat, très très bien rémunéré pourtant, car ses créations ne seraient plus sa possession mais celle du studio. On peut comprendre l’envie d’un créateur de vouloir garder un contrôle maximum sur son travail.
Mais d’un autre coté cette indépendance financière qu’il veut garder et donc dans son cas sa passe par le fait d’être son propre producteur l’empêche d’avoir un regard extérieur sur son travail, l’empêche même au final de travailler avec d’autres personnes au scénario ou à l’animation par exemple.
Cela voudrait dire aussi une augmentation des coûts de production de ses films. Finançant lui-même ses films il est difficile pour lui d’avoir des budgets conséquents.
Plympton = Réussite Financière
Car Plympton veut réussir financièrement. Attention comme il le dit, non pas pour avoir une grande maison, mais afin de pouvoir produire ses films comme il en a envie.
Et il dit que ses films font de l’argent. Selon lui il n’aurait perdu de l’argent que sur Hair High car il a voulu avoir un casting de voix d’acteurs connus qui lui ont coûté cher.
D’où le troisième terme des règles dont je parlais un peu plus haut Pas Cher. Il faut produire pas cher afin de pouvoir gagner suffisamment d’argent pour pouvoir faire le film suivant. Certes là aussi c’est plutôt louable de la part de Plympton mais en faisant cela est-ce qu’il ne s’oblige pas dès fois à « bâcler » ses films afin que ceux-ci puissent être plus rapidement dans le circuit des festivals.
(Bon pour appuyer son propos Plympton a dit que les films de Pixar ou Dreamworks perdaient de l’argent, je pense que c’est faire un raccourci un peu rapide. Et même si les budgets des films sont énormes entre les entrées dans le monde entier, puis les ventes DVD et télés (je ne parle même pas des jouets et autres …) je ne m’inquiètes pas trop pour les rentrées d’argent des deux firmes. A une époque la branche animation était même la seule à remporter de l’argent au sein de Dreamworks)
Plympton = Liberté de création.
Pour Plympton il est important de faire ce qu’il a envie de faire, de libérer ses pulsions. Il veut ainsi pouvoir dire tout ce qu’il a envie sans restriction. Ce qui lui a permis dès le début de toucher un public plus adulte et surtout de s’assurer une place d’enfant terrible. Mais la liberté de création peut parfois faire tourner dans le vide, et on peut aisément reprocher à Plympton de faire la même chose depuis des années. Ce qui était frais à une époque ne l’est plus au bout d’un moment (une observation que l’on peut faire pour beaucoup d’artistes)

Mais l’équation n’est pas finie car il faut rajouter au moins deux paramètres importants auxquels il ne peut rien changer ou presque : Etats-Unis et Animation.
États-Unis. Car c’est bien sur le pays où il travaille, un pays où il ne peut pas compter sur des aides pour faire ses films autre que d’ordre privé. Mais dans ce cas là il perd son indépendance. D’où sa volonté dans les festivals où il se rend de vendre le plus de choses possibles.
Par le passé il y a bien eu des possibilités de travailler dans d’autres pays notamment en France grâce à l’aide de son distributeur ED. Mais le fait que Plympton travaille presque tout seul sur une grande partie des postes empêche souvent ses films d’être éligible aux subventions.
Animation. A part travailler dans un grand studio le cinéma d’animation est difficile à produire, car c’est un cinéma qui rapporte peu sauf à de rares occasions. Et comme les productions de longs métrages sont souvent longues et couteuses, l’animation dite indépendante si elle a fleuri dans le court métrage est encore à l’état embryonnaire dans le long.
Et les films d’auteurs ne font pas forcément recettes comme on a pu le voir avec Mary et Max ou Panique au Village.
Si Plympton s’extrait un peu de la contrainte de l’argent, ses films coutant le plus souvent beaucoup moins d’un millions de dollars il ne peut se soustraire à la première les temps de productions pour ses longs métrages étant de 2 à 3 ans.
Ce qui, au final, pourrait nous donner une équation ressemblant à ça :

Comme je le disais au début une équation impossible à résoudre et que peu de gens ont d’ailleurs envie de résoudre. Le problème avec Plympton c’est qu’à priori il n’a pas envie de laisser tomber l’une de ses variables …
Alors cette séance d’Anima confirmait-elle cette volonté de Plympton de résoudre cette équation.

Tout d’abord le succès public avec la diffusion d’un court métrage avec son personnage désormais récurrent du « Chien ». Cette fois ci c’était Horn Dog, dans lequel le chien tombe amoureux. Le film est rapide, fonctionnant sur une batterie de gags (dont pas mal bien sur un peu cul, un peu violent). Le public, (conquis d’avance ?) a adoré.
Puis avec la présentation de l’animatique du prochain court mettant en vedette le Chien, son Mickey Mouse à lui comme il le dit, Cop Dog. Ici le Chien se transforme en chien des douanes.
Le réalisateur à commenté son animatique (même si celle-ci n'en avait pas vraiment besoin), tel un show man, et on sentait le plaisir qu'il avait de décrire les situations qu'il avait lui même écrites et la salle le suivait dans son enthousiasme rigolant plus fort à chaque nouveau gag.
Dans ce nouvel épisode le Chien essaye de récupérer un trafiquant qui s’enfuit dans un aéroport avec une valise pleine de drogue. Mais dans la poursuite celle-ci s’ouvre laissant s’échapper la drogue. Celle-ci donne à toutes les personnes présentes dans l’aéroport … l’envie de faire l’amour.
Même ingrédients donc le sexe, surtout que ça continue dans l’avion avec les passagers et le personnel de bord, et l’action puisque c’est le chien qui va faire atterrir l’avion.
Ce qui a changé par contre c'est un coté peut-être un peu plus Politically correct que développerait le réalisateur de I married a strange person.
En effet la fin du film tel qu’elle est actuellement dans l’animatique se termine par le policier (celui qui est accompagné par le chien au début de l'histoire, mais qui abandonne son travail pour draguer une hôtesse) cloué au mur par l’avion qui vient de terminer son atterrissage dans l'aéroport.
Mais Plympton a décidé de changer cette fin, ce n'est plus le policier mais le trafiquant de drogue qui va se retrouver clouer au mur par l'avion.
Vous pouvez voir cette animatique sur Format court
Ensuite la Reconnaissance critique avec la diffusion des 11 premières minutes de son prochain long métrage Cheatin’.

Même si il ne s’agissait que d’un travail en progression. Le rythme et le ton du film ne sont pas les mêmes que ceux de ses premiers longs. On est plus proche plus d’Idiots and Angels et de La Vache …
Ici les plans sont plus longs, les mouvements de caméra moins speed, Plympton veut imposer une autre lecture de ses films.
Le début du film raconte l’histoire d’une très belle femme, qui se ballade dans la rue en lisant un livre. La scène se passe en plein carnaval, elle ne s’intéresse pas à ce qui se passe autour d’elle, elle continue de lire.
Jusqu’à ce qu’un forain lui offre des places pour les autos tamponneuses, elle refuse et s’en va. Mais le forain insiste, et après de nombreux refus, elle finit par accepter.
Là après moultes péripéties elle va tomber amoureuse d’un bel homme musclé …
L’extrait s’arrête là.
En 11 minutes presque aucun gag, une histoire qui prend son temps c’est nouveau chez Plympton.
Depuis quelques films il veut une reconnaissance non pas en tant que trublion mais en tant que cinéaste à part entière.
Mais si le début est différent dans le ton la suite risque de retomber dans du Plympton plus habituel. Puisque le couple fou amoureux va être en proie à la jalousie et chacun va essayer de tuer l’autre. Une base qui peut être évidemment très drôle si elle est bien scénarisée et réalisée. Il veut, un peu comme dans Des Idiots et des anges faire un gros travail sur la lumière. A suivre.
Le Guard dog Global jam montre l’envie de liberté de création de Plympton. Reprendre un film à lui et proposer à des animateurs du Monde entier d’en recréer une petite partie.
Le résultat, comme toujours dans ces cas là, est très chaotique et si certaines réalisations surprennent un peu par le changement de techniques ou de graphismes, beaucoup reste trop proche de l’original.
Et pour les personnes qui n’auraient pas vu l’original je me demande si ce mélange ne rend pas compliqué la lecture du film, le rythme n’étant pas aussi fluide à cause de tous ces changements.
Mais le public a aimé et ce nouveau film va lui permettre à Plympton d’être toujours présent dans les festivals en attendant le prochain court du chien.
Plympton est un fan de Winsor Mc Cay … ce qui est compréhensible. L’auteur de Gertie et de Little Nemo est à mon avis incontournable. Il a voulu rendre hommage à ce maitre en redonnant un coup de jeune à l’un de ses films particulièrement abimé « The Flying House » (qui est visible sur le net).
On peut placer cette tentative dans la réussite financière. Car en finançant lui-même cette entreprise, plutôt louable, il se place non plus en tant que producteur de ses propres films mais travaillant pour la préservation de l’Histoire du cinéma.
Et puis en rendant hommage à McCay il rend hommage à celui qui aurait dit lors d’une réunion avec des responsables des studios américains « Messieurs l’animation aurait pu être un Art, vous en avez fait une industrie ».
Mais malheureusement plutôt que de remettre en état le film, Plympton l’a changé, en supprimant notamment les bulles des dialogues pour les remplacer ici par des dialogues lus omniprésents et qui, avec la musique, deviennent vite insupportables.
L’animation a été refaite par les étudiants de sa classe d’animation, et la volonté de coloriser le film, notamment les décors n’est pas une grande réussite.
Reste dans l’équation l’Indépendance. C’est venu après la séance avec le fameux moment où Plympton offre un dessin à chacun des spectateurs et en profite pour vendre des DVD et dessins originaux de ses films afin de pouvoir financer ses prochains films.

Un long article pour quoi ? Aucun d’entre vous ne va changer son avis après cette lecture et ceux qui aiment Plympton continueront et les autres non, et ceux qui n’ont pas de certitudes ben ils en auront peut-être encore moins. Quand j’ai découvert Plympton j’aimais bien son cinéma mais j’avais du mal avec l’homme et ses « méthodes » (vendre ses affiches à la sortie des salles …) et puis maintenant c’est l’inverse ses films m’intéressent moins mais j’ai de la sympathie pour l’homme. Je crois que surtout que ce que j’ai voulu faire avec cet article c’est à travers la complexité du cas Plympton c’est de parler plus généralement du rapport entre la femme/l’homme et la créatrice/le créateur qui essayent, pour certains, tant bien que mal de faire leur travail, difficilement et souvent le plus honnêtement possible à la recherche de choses qu’ils ne comprennent pas forcément. Et quand je parle de créateurs/trices je ne parle pas uniquement que du domaine de la création artistique bien évidemment.










