C'est reparti, pendant six jours le monde de l'animation va se retrouver dans sa capitale pour célébrer sa richesse et sa diversité, et cela malgré la crise. Loin du strass et du stress de Cannes, Annecy va voir défiler les plus grands noms de l'animation, ici pas de stars mais des artisans de l'image par image.
ANNECY 2003 L'AVANT FESTIVAL 
LA CUVEE 2003
C'est donc dorénavant chaque année que nous pouvons apprécier la qualité de la production mondiale. Le festival c'est aussi une histoire de chiffres : 1309 films ont été inscrits à la sélection provenant de 51 pays. Au final 265 films ont été sélectionnés, dont 218 dans les différentes compétitions et 47 en panorama. On retrouve les mêmes pays que d'habitude dans le peloton de tête le Canada, la France et la Grande Bretagne, qui ont presque la moitié des courts-métrages à eux trois en compétition. On retrouve bien sur des noms familiers : l'Australien Adam Benjamin Elliot avec Harvie Krumpet, Christopher Hinton et son très bon X-Man, Paul Bush ( Busby Berkeley's tribute to Mae West) et pour la France la désormais incontournable, mais qui s'en plaindra, Florence Miailhe (Les oiseaux blancs, les oiseaux noirs). Plus les bonnes surprises de réalisateurs moins connus comme Basin Street Blues de Monkmus, la vision légère et aérienne d'un enterrement style Nouvelle-Orléans, le très surprenant Sony Joy " Ananda " de Mike Smith et Mark Gustafson : la vision d'un monde moins pollué, plus coloré, sur fond de musique indienne à mi-chemin entre un clip de Gorillaz et d'une vidéo new-age, très curieux ! Bien sur il ne faut jamais se limiter à la compétition, le panorama révélant souvent d'excellents auteurs, et certains grands auteurs voyant même leur film sélectionné dans cette catégorie, Paul Driessen (2D or not 2D), Marie Paccou (Le jardin), Ray Harryhausen (oui celui de Jason et les argonautes) pour sa version du lièvre et la tortue. En long métrage la curiosité viendra d'un film venant du Zimbabwe The legend of the sky kingdom, de Roger Hawkins, il sera en compétition avec un film italien L'Uovo de Dario Picciau, de deux films français : L'enfant qui voulait être un ours (chroniqué dans Storyboard n°2) et Kaena , et du Chinois My life as McDull , ces deux derniers étant chroniqués dans le numéro que vous tenez dans les mains. A noter dans les spéciaux TV la présence du très beau Le roi de la forêt des brumes de Jean-Jacques Prunés, fort justement primé au Festival d'Auch et qui va se confronter ici aux spécialistes du genre : les anglais. Dans les séances que l'on a souvent pas le temps de voir, le programme étant trop dense, il y a les films étudiants, ceci est bien dommage car même s'ils sont souvent imparfaits, ils regorgent d'idées, d'envies, de passion. Il faut notamment regarder de prés les films des étudiants de la Royal College of Art de Londres, de La Poudrière, de l'ENSAD, et de la Cambre de Bruxelles, ainsi que la forte délégation coréenne présente cette année.
LE PLAISIR DES REDECOUVERTES
Si le festival fait bien évidemment la part belle à la production récente, il n'en oublie pas non plus son devoir de mémoire, au travers de différentes rétrospectives. Cette année beaucoup d'entre nous découvrirons Charley Bowers un réalisateur de films burlesques qui au début du siècle dernier mélangeait animation et prises de vues réelles.
C'est l'animation australienne qui est à l'honneur du festival 2003, une rétrospective qui va nous permettre en 5 programmes de mieux nous familiariser avec un cinéma qui prend de plus en plus de place dans le paysage animée notamment grâce à des réalisateurs comme Adam Benjamin Elliott, Denis Tupicoff, et plus récemment Anthony Lawrence et son très beau Looking for horses, ou encore Lee Withmore. L'autre programmation importante de ce festival revient sur une évidence mais qu'il est toujours bon de rappeler : la musique fait partie intégrante du cinéma d'animation. Certes rien de bien neuf dans cette affirmation qui rythme les films réalisés en image par image depuis sa création mais en 10 programmes la possibilité de revoir certains des films les plus importants de son histoire : des géniales expérimentations visuels d'un Len Lye ou d'un Oskar Fischinger dans les années 30 en passant par les marionnettes de Georges Pal, jusqu'aux films du suisse Georges Schwizgebel, tout en rendant un dernier hommage à Nina Simone avec le clip réalisé par Peter Lord en pâte à modeler pour My baby just cares for me. Si la carte blanche à Normand Roger l'un des grand créateur sonore du cinéma d'animation est une excellent idée, la présence à ses cotés de Phil Collins (musique pour Disney) et celle de Didier Lockwood (Les Enfants de la Pluie) paraissent moins pertinentes.
LES EVENEMENTS
Depuis 1993 et le coup de cœur du festival à Hayao Miyazaki, et la découverte pour la première fois en France sur grand écran des films de cet auteur majeur, le Japon et le cinéma asiatique à toujours une place prépondérante à Annecy non seulement par la qualité de sa production, mais aussi grâce à la place qui lui est faite dans les médias . Donc cette année on pourra voir le troisième film de la série Patlabor, mais surtout le premier film réalisé par Isao Takahata en 1968 pour la Tôei Animation : Taiyô no ôji Hols no daibôken, Horus prince du soleil , ce film pour lequel Miyazaki était animateur et Yasuo Otsuka, directeur de l'animation, est visiblement distribué par Wild Side Films et l'on peut donc espérer pour ceux qui n'auront pas la chance de voir le film à Annecy que celui-ci sorte dans nos salles dans un proche avenir ! Toujours du coté japonais sa sortie ayant été repoussé à l' année prochaine ce qui devait être qu'une " avant-première " devient un événement, la présentation sur grand écran du film d'Hayao Miyazaki, décidément incontournable !, Majô no taakkyubin, traduit en français par Kiki, la petite sorcière. Réalisé en 1988 c'est sûrement l'un des plus beau film de son auteur. Mais l'événement sera aussi français, non pas grâce à la vision quelques jours avant sa sortie nationale des Triplettes de Belleville, mais plutôt par la présentation de 23 minutes du film le plus attendu de cette année et produit par Folimage : La prophétie des grenouilles de Jacques-Remy Girerd dont la sortie en salle est prévue pour la fin de l'année.
LE MARCHE
Lors de sa création en 1985, le MIFA n'était pas forcément vu d'un bon œil, que venaient faire des marchands au milieu de créateurs, puis petit à petit il s'est installé dans le paysage jusqu'à en faire partie intégrante, et c'est sûrement lui qui a poussé le festival à s'annualiser pour pouvoir suivre un rythme plus concurrentiel vis à vis des autres marchés. Et malgré la crise qui touche actuellement le milieu les organisateurs nous promettent que cette année encore l'affluence sera très importante. Rendez-vous incontournables du MIFA le Concours international de projets, grâce auquel de jeunes créateurs peuvent se faire remarquer par des producteurs, et pour les personnes désireuses de trouver du travail dans l'animation : Le Carrefour de la création et de l'emploi, lieu de rencontres entre les studios et les jeunes apprentis animateurs. Si vous désirez encore plus de renseignements, le site du festival www.annecy.org
Alexis Hunot
ANNECY 2003 : L'APRES FESTIVAL 
L'ASIE TRIOMPHE
Commençons ce compte rendu du dernier festival d'Annecy par le palmarès qui cette année est le reflet de l'importance majeure du cinéma asiatique dans le cinéma d'animation. Le Grand Prix a été fort justement attribué au Japonais Koji Yamamura pour son incroyable court Atama Yama (Le Mont Chef) racontant l'histoire d'un avare qui mange jusqu'aux noyaux des cerises, et qui voit un jour un cerisier pousser sur sa tête. Tiré d'un conte traditionnel, ce petit chef d'œuvre est absolument parfait à tous les niveaux, dans la relation entre l'image et le son, ou l'animation qui est poussé à un très haut degré d'accomplissement. Le Grand Prix du long métrage a été donné à My life as McDull (Mc Dull dans les nuages) de T.Yuen dont nous avons déjà dit le plus grand bien dans le numéro précédent. Bonne nouvelle pour les fans du petit cochon une suite est actuellement en préparation. Si l'Asie est le grand gagnant cette année, un pays, et surtout un réalisateur en est aussi sorti auréolé de nombreux prix : Adam Benjamin Elliot pour l'Australie et son très drôle et touchant : Harvie Krumpet. Trois prix son venus couronner l'histoire de ce personnage décalé. Comme dans ses précédents films (Brother, Uncle, Cousin) la réalisation assez simple et la parfaite animation en pâte à modeler font de ce film une nouvelle réussite. Un palmarès quasiment irréprochable qui couronne aussi la France pour ses productions télé Le roi de la forêt des brumes (Spécial TV), et Verte (Grand Prix).
LES EVENEMENTS
Mais un festival ce n'est pas qu'un palmarès, et comme maintenant chaque année c'est à un grand nombre de films rares ou d'avant premières auxquels nous avons eu droit. Parmi cela la présentation des 20 premières minutes du premier long métrage de Folimage, La Prophétie des grenouilles, valaient le détour. Dans le style graphique caractéristique de la maison de production française cette histoire inspiré de l'arche de Noé et réunissant un casting des plus prestigieux (Piccoli, Higelin, Galabru, Girardot…) risque bien d'être l'un des événement de la fin de cette année. Nous vous en reparlerons bien sur dans le prochain numéro. Autre moment important la présentation d'un film né de la rencontre en 1943 entre Dali et Disney : Destino. Le film ne se fera finalement pas lors du vivant des deux hommes mais vient d'être terminer par les studios de Disney à Montreuil sur la base de dessins laissé par le peintre. Le résultat ne convainc pas complètement mais reste très surprenant. Bien sur les fans de Japanim ont encore une fois été gâté avec la présentation de la dernière production des Studios Ghibli Le Royaume des chats, et avec une séance spéciale pour l'un des meilleurs H.Miyazaki : Kiki, la petite sorcière. Ce dernier était encore à l'honneur grâce au film Taiyô no ôji, Hols no daibôken (Horus, prince du soleil ) qui marque sa première collaboration avec I.Takahata, ce dernier ayant réalisé le film. Ce n'est certainement pas le film le plus important de ces deux génies mais il est quand même passionnant de le voir, particulièrement pour l'extrême qualité apportée aux décors. Une sortie sur les écrans est prévue fin 2003-début 2004. Hors projection une annonce importante a été faite lors du festival c'est la création de la Cité des techniques de l'image et de l'animation (Citia) qui devrait rapidement rassembler aussi bien l'organisation du festival, qu'un lieu d'exposition permanent et une filière de formation. Annecy veut s'affirmer de plus en plus comme la capitale du cinéma d'animation.
Alexis Hunot |
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Les oiseaux blancs, les oiseaux noirs, de Florence Miailhe

©Les Films du Village
2D or not 2D de Paul Driessen

© nfb.ca
Say Ah-h ! de Charley Bowers

© Lobster Films
Allegretto d'Oskar Fishinger

© Mnam/Cci
Kiki, la petite sorcière, d'Hayao Miyazaki

© Gaumont Buena Vista International (GBVI)
Le Mont Chef de Koji Yamamura

©Yamamura Animation Inc.
My life as Mc Dull de Toe Yuen

©Lunchtime Productions
Harvie Krumpet d'Adam Benjamin Elliot

©Melodrama Pictures Pty Ltd
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